Décryptages

Place en résidence : pourquoi si peu de places quand tant de monde habite ici ?

Montréal QC — Pénurie de médecins

Une question revient chaque printemps, à la publication des résultats du jumelage CaRMS : comment se fait-il qu’une province de plus de huit millions d’habitants n’offre que quelques centaines de places de résidence à ses futurs spécialistes ? Chaque année, des diplômés en médecine capables, qualifiés et prêts à pratiquer se retrouvent sans place de résidence… alors que des urgences de tout le Québec cherchent désespérément du personnel.

La réponse courte : le nombre de places ne suit pas la population, il suit le financement. Et c’est exactement là que le bât blesse.

Des chiffres qui font réfléchir

Le jumelage 2026 a offert 4 029 places en première itération à travers le Canada, et 3 664 ont été pourvues. Côté québécois, 1 612 diplômés canadiens, 279 diplômés internationaux (DIM) et 6 diplômés américains ont posé leur candidature à au moins un programme de la province. Le taux de jumelage des finissants québécois atteignait 90,2 % en première itération, légèrement sous la moyenne nationale de 92,8 %.

Concrètement, sur les quatre facultés de médecine du Québec, l’Université de Montréal a offert 333 places, Laval 245, Sherbrooke 226 et McGill 212. Chacune a laissé des dizaines de places vacantes en première itération.

Le vrai goulot d’étranglement

Regardez la compétition par spécialité : certaines sont presque impossibles d’accès par rapport aux candidatures. En neurochirurgie, on compte moins de deux candidats canadiens pour chaque place. En dermatologie, chirurgie plastique et ophtalmologie, c’est encore plus serré. À l’opposé, la médecine familiale, la spécialité la plus demandée par le réseau public, est celle où l’on accepte le plus largement, avec un ratio de près de deux places offertes pour chaque premier choix.

C’est là tout le paradoxe québécois : on manque de médecins, mais on limite le nombre de résidents formés chaque année. Les places de résidence sont déterminées par les budgets provinciaux et la planification de la main-d’œuvre, pas par le nombre de diplômés qui frappent à la porte. Quand trois cents diplômés compétents se disputent trente places en dermatologie, le problème n’est pas leur talent… c’est le nombre de places décidées en amont, dans les corridors de la planification et des finances publiques.

Les données présentées par CaRMS en mai 2026 le confirment : seulement 60 % des candidats qui n’ont visé que les spécialités les plus contingentées, avec la dermatologie, l’ophtalmologie ou la chirurgie plastique en premier choix, ont obtenu une place. De 20 à 25 % des finissants restés sans jumelage au premier tour visaient justement ces trois spécialités.

Un coût humain et systémique

Pour le futur médecin, c’est des années de vie mises entre parenthèses. Pour le réseau, c’est une pénurie qui se creuse. Le Québec arrive déjà sous la moyenne nationale pour le taux de jumelage de ses propres finissants, et ce taux a reculé en 2026 : 3,1 % des finissants québécois se sont retrouvés sans place après la deuxième itération, contre 1,8 % l’an dernier.

Chaque place de résidence non créée, c’est un médecin de moins dans les urgences, les CLSC et les centres hospitaliers, à un moment où la demande grimpe et où le vieillissement de la population s’accélère.

Des solutions à portée de main

Le déblocage passe par plusieurs leviers : augmenter le financement des places de résidence dans les spécialités en forte demande, ajuster la planification à la réalité démographique, faciliter l’arrivée des diplômés internationaux formés et prêts à pratiquer, et répartir la charge d’enseignement entre les facultés de la province.

Le mouvement est d’ailleurs amorcé : le nombre de diplômés internationaux jumelés au Canada est passé de 410 en 2021 à 931 en 2026.

La question n’est pas de savoir si le Québec diplôme assez de médecins. Il en diplôme. La vraie question, c’est de savoir si nous sommes prêts à financer les places pour qu’ils puissent, enfin, rendre service à la population qui en a tant besoin.

Cette analyse s’appuie sur les données publiées du jumelage CaRMS 2026.

Sources

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